Poulette, ma poulette, ou le double-jeu des mangeurs

Hier soir, ma fille et moi avons parcouru une étrange histoire. Celle d’un renard qui attrape une poule et décide de la garder chez lui le temps de l’engraisser pour en faire un festin avec ses amis. L’innocente poulette pense que le goupil l’a recueilli, et s’attache à lui jusqu’à l’appeler Papa. Ce dernier s’en émeut, et finit par refuser de la manger.

illustration de Quentin Gréban
illustration de Quentin Gréban

Jusque là, rien d’autre qu’une jolie petite histoire comme on aime en trouver, surtout lorsque l’on souhaite sensibiliser son enfant au respect des animaux :

l’animal est reconnu en tant qu’individu, en tant que personne qui a le droit à la vie, c’est tout ce qu’on demande.

La suite fait pourtant un peu tiquer : pour ne pas révéler à ses amis sa compassion envers la poule, le renard leur fait croire qu’il la tue quand même et sert effectivement un poulet rôti (acheté secrètement au marché) à la table des invités. Ceux-ci refusent d’y toucher, trop peinés pour cette poule qu’ils avaient eux aussi appris à connaître. C’est alors que la poulette apparaît, bien vivante. Elle tient dans son bec une petite souris qu’elle a attrapée et compte manger. L’un des invités, taquin, lui suggère de la garder quelques jours pour l’engraisser, et le même scénario se reproduit, la poulette s’attache à la souris.

Des comportements bien humains

Lorsque nous sommes arrivées à la page du poulet rôti servi sur la table, nous fûmes toutes les deux déçues : non, cette expérience n’a pas ouvert les yeux de monsieur Renard, qui continue de manger du poulet… et c’est tout à fait réaliste !

Tout comme nous autres humains, allons aimer d’amour tendre les lapins de compagnie, et se régaler de leurs confrères d’élevage… comme refuser de manger ses propres poules pondeuses, et aller chercher son poulet tout fumant le dimanche au marché.

C’est se mettre des œillères et adopter un comportement fataliste : « C’est la vie ! Il faut bien manger ! », diront les mangeurs de viande, qui ne veulent surtout pas entendre parler de végétarisme, préférant déguiser la vérité pour ne pas avoir à renoncer au goût de la viande.

J’ai refermé ce livre en pensant que je ne l’aimais pas à cause de sa morale confuse, mais au final je le trouve beaucoup plus intéressant qu’une histoire classique car il permet de développer l’esprit critique. Après cette histoire, ce n’est pas « merci bonsoir, le monde est beau », on a envie d’échanger avec l’enfant, l’écouter réfléchir aux comportements des personnages et philosopher sur des notions importantes d’éthique.

Je remercie donc Agnès de Lestrade et les éditions Lito pour ce conte singulier et Quentin Gréban pour ses magnifiques illustrations à l’aquarelle qui me donnent à chaque fois envie de piocher ses livres dans les bacs de la bibliothèque. Rien que pour les images, je vous le recommande :

Poulette, ma poulette, d’Agnès de Lestrade et Quentin Gréban, Ed. Lito, 2005
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