Témoignage d’Anne-Laure, 31 ans, végane en reconversion professionnelle

Voici l’histoire d’Anne-Laure, qui nous explique comment sa conversion au véganisme a entraîné sa reconversion professionnelle.

anne-laure-antispeciste
Pourquoi je suis devenue vegan

film Earthlings« Je bossais dans un supermarché depuis 8 ans quand j’ai vu Earthlings, le film documentaire qui explique ce que vivent réellement les animaux d’élevage sur cette planète, les coulisses bien cachées de ce que nous consommons sans jamais vraiment savoir d’où ça vient et comment ça a été produit, sauf si vraiment on décide de s’informer par soi-même…

J’ai donc décidé, à la suite de ce reportage, d’enlever la viande de mon alimentation puis, petit à petit, le lait : en effet, j’ai réalisé que c’était l’une des pires industries car elle arrache un bébé à sa mère pour ensuite envoyer ce petit veau terrifié à l’abattoir sans ménagement aucun.

« aujourd’hui le régime vegan est un marché en pleine expansion »

Le plus difficile pour moi fut d’arrêter le fromage car j adorais ça, mais ma conscience m’a beaucoup aidé dans cette transition. Je me suis donc tournée vers les « faux-mages », qui sont des « fromages » à base de lait végétal. Au début de mon véganisme, il y a un peu plus d’un an, en France, il y avait beaucoup moins de choix que maintenant. J’étais souvent déçue au niveau du goût, mais aujourd’hui le régime vegan est un marché en pleine expansion et il y a maintenant des faux-mages délicieux, comme la marque Vegusto, etc.

le monstre du frigo
Voir ma BD « J’ai un monstre dans mon frigo »

J’ai ensuite arrêté les œufs, car je ne voulais plus financer le fait que les poussins soient broyés vivants à la naissance, qu’ils soient bio ou non. C’est juste abominable de savoir que ce genre de pratique, comme tout le reste, soit légal, sachant que ce sont des êtres sentients qui ressentent exactement les mêmes choses que nous, humains.

Et curieusement, j’ai pris conscience en dernier que manger des poissons était tout aussi horrible, car on m’avait toujours appris à ne pas voir un poisson comme un être qui peut souffrir terriblement et qui a le droit de vivre, mais comme de la nourriture, j’en ai d’ailleurs honte aujourd’hui. Puis un jour le déclic, je ne sais pas pourquoi, ce jour là, je vois ce poisson dans mon assiette et je me dis : « Je ne vais pas manger « du » poisson, mais « un » poisson ! Je m apprête à manger quelqu’un qui est mort pour rien ! » Je n’ai plus jamais pu en manger, surtout qu’en se renseignant sur eux, qui sont les plus oubliés du problème et du débat de la souffrance animale, ils ressentent bien plus les choses que les autres animaux, que ce soit leur sens qui sont beaucoup plus développés (ils voient mieux, ils entendent mieux, etc.), mais surtout, leur capacité à souffrir est encore bien pire.

Affiche de PETA
Affiche de PETA
Comment mon véganisme a bouleversé ma vie professionnelle

Je suis donc devenue végétalienne puis vegan très rapidement. Car même si une très grande partie de cet enfer pour les animaux provient de l’industrie alimentaire, il y a également des pratiques abominables concernant les cosmétiques, les produits d’entretien (vivisection, produits provenant des abattoirs dans les gel douche, etc.) les vêtements (cuir, laine, fourrure, etc.).

Je me suis donc très vite retrouvée en totale contradiction avec moi-même sur mon lieu de travail, qui était un lieu de vente de tous ces produits issus de torture et de mort.

Anne-Laure lors d'une action de l'asso 269 Life France à Paris
Anne-Laure lors d’une action de l’asso 269 Life France à Paris

C’était horrible pour moi de rester là, mais je n’osais pas partir. J’avais peur de perdre ce travail qui était pourtant devenu la cause de mon mal être. J’ai finalement difficilement tenu le coup pendant un peu moins d’un an avec la boule au ventre tous les matins, d être confrontée à des corps morts exposés comme des trophées, une voix au micro toute la journée « pied de cochon, foie de veau en promo ! » etc., des caddie remplis de souffrance, des rayons remplis à craquer de torture, tout ça dans la « joie et la bonne humeur  » !

C’était trop pour moi. Je sombrais petit à petit dans la dépressio. Je ne pouvais en parler à personne car personne n’aurait compris ma souffrance : dans ce genre de milieu, à quoi bon en parler ? Puis j’ai craqué. J’ai fait ce qu’on appelle un burn-out. Je ne pouvais plus, c’était clair dans ma tête, quoi qu’il arrive, je ne pouvais plus rester.

J’ai finalement rencontré le médecin du travail. C’était homme en or à qui je dois beaucoup aujourd’hui, qui a compris ma souffrance et m’a déclaré inapte à mon poste, en spécifiant bien : « apte à tout poste de vendeuse dans un magasin ne vendant pas de produits d’origine animale » ! Enfin cette souffrance était reconnue !

J’ai donc pu être licenciée et, c’est vraiment étrange à dire mais ce fut l’un des plus beaux jours de ma vie, alors qu’un an auparavant, j’aurais été affolée et très mal.

Nouveau départ !
Anne-Laure lors d'un rassemblement pour les animaux, FUDA (R)évolution
Anne-Laure lors d’un rassemblement pour les animaux, FUDA (R)évolution

Aujourd’hui je souhaite me reconvertir dans la restauration vegan. Je pense que si l’on veut que les choses changent pour les animaux, ça doit en grande partie passer par l’alimentation. Si les gens se rendent compte que, finalement, ils peuvent toujours se régaler et manger pareil qu’avant avec simplement des bases végétales, ils passeront le cap beaucoup plus facilement. Je me suis découverte une passion pour la cuisine que je n’avais pas forcément avant d être vegan ! J’adore surtout reproduire des plats classiques/traditionnels (lasagnes, hachis parmentier, plats en sauce, etc.) que je végétalise. Par exemple, ma béchamel est 100% végétale et le goût est le même. C’est un vrai défi pour moi d’arriver à la même saveur en n’utilisant aucun produit d’origine animale. Par contre, j’évite de cuisiner des plats végétaliens spéciaux que les gens ne connaissent pas. Mon but n’est pas de faire aimer ma cuisine mais de gagner les gens à ma cause.

J’ai vécu un cauchemar pendant presque un an et une chose est sûre aujourd’hui : je suis libérée, et je ne retournerai pour rien au monde dans un endroit qui participe à toutes ces horreurs. Cette étape douloureuse m’a appris beaucoup : la liberté d’être ce que l’on est à 100 % n’a aucun prix ! Quoique les gens puissent dire, il faut toujours écouter son propre ressenti. Il est le seul qui puisse nous emmener là où on veut aller. »

Propos recueillis le 23 octobre 2016 pour l’article « Ces métiers qui vont avancer le véganisme »

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