Les enfants face à la souffrance animale : interview de l’auteure de Pouiki le petit cochon

— « Papa, tu veux que je te fasse écouter Pouiki le petit cochon ?
— Non mais c’est bon, je connais ! »

Le jeune porcelet est la star du net des petits végés. Les voilà qui chantonnent gaiement le refrain avec leur parents tout de même bien contents.
(Aller directement à l’interview sans passer par mon bavardage)

Alors le jour où j’ai reçu le livre Pouiki le petit cochon commandé sur Veganimo, ma fille en était toute frétillante. Nous voici sur le canapé pour découvrir l’histoire, garantie « happy end ».

Ma lecture de Pouiki le petit cochon

— « Oh, c’est tout en rimes, génial !, m’exclamai-je.
— Oh, regarde comme il a l’air triste… »

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crédits Veganimo

Oui, la vie de Pouiki n’est pas jolie-jolie. Stéphanie Valentin nous montre la réalité de l’élevage intensif, toute édulcorée heureusement.

Lisa m’écoutant attentivement, ma voix de plus en plus étranglée par les trémolos. Merci, Stéphanie, de ne pas avoir fait trop de pages, je n’aurais pas réussi à tenir plus longtemps sans que ma fille ne le remarque.
Car l’auteure traduit en images pour enfants les images insupportables qui hantent les militants de la cause animale, celles qui nous poussent à consacrer nos week-ends et nos soirées à sensibiliser au véganisme plutôt qu’à nous détendre simplement.

Ouf le cauchemar se termine, et grâce à la petite Vega, c’est au moins un Pouiki de sauvé !

Cet album est une agréable surprise : non seulement il convient encore très bien à une enfant de 7 ans (elle l’a relu 2 fois toute seule depuis), mais c’est aussi une histoire non pas simpliste, mais au contraire bien instructive. Elle est bien complémentaire à mon propre album jeunesse que je suis en train de finir !

Sa lecture de Pouiki

Maintenant, l’avis de ma fille !

Avis sur Pouiki le petit cochon

Questions à Stéphanie Valentin

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La poulette sauvée par Stéphanie. crédits stvl

Pouiki le petit cochon est annoncé comme le premier album d’une série. Y aurait-il l’histoire d’une poulette tristounette en préparation ?

Oui, tout à fait ! J’ai longtemps hésité pour le choix du personnage de mon prochain livre. Il y a tant d’animaux maltraités qui méritent tous notre compassion !

Mais étant donné que j’organise des sauvetages de poules et que j’en ai également adoptées, j’ai eu envie d’écrire l’histoire d’une de mes petites protégées. J’ai donc commencé à écrire l’histoire de « Pouët la Poulette ».

– La cause animale est un terrain très délicat pour les enfants, du fait de son lot de souffrance et d’atrocités. Les parents végétariens et véganes sont bien souvent pris entre le désir de sensibiliser leurs enfants, et le devoir de préserver leur innocence. Quel terrain as-tu choisi pour ce premier album ?

J’ai trois enfants donc je comprends tout à fait ce questionnement de la part des parents. Entre le désir de sensibiliser et le devoir de préserver l’innocence, je pense qu’il n’y a pas de choix à faire car les deux ne sont pas inconciliables. Je pense qu’on peut parler de tout avec un enfant tant qu’on lui explique les choses de manière bienveillante et grâce à des outils adaptés à son jeune âge.

Coloriage sur veganimo.fr
Coloriage sur veganimo.fr

Pour ce livre, j’ai donc utilisé un vocabulaire non violent et des images douces, rondes et colorées pour raconter l’ histoire de Pouiki, certes triste, mais qui finit bien. Ce n’est pas le mal qui est mis en avant dans ce livre mais au contraire la force du bien et de la compassion à travers l’intervention de Vega, une petite fille qui vient au secours du petit cochon et le recueille dans son refuge.

En fait, je crois que la réticence à parler de ce thème avec les enfants est peut-être davantage un problème inhérent à notre propre conscience de parent. Il est plus confortable d’aborder des sujets comme la chasse (la maman de Bambi), les cirques (Dumbo) ou les delphinariums (Sauvez Willy) car toutes ces problématiques ne provoquent pas autant de culpabilité chez les adultes que nous sommes, que ne peut le faire la question de l’élevage.

En effet, nous avons presque tous consommé des produits d’origine animale. Lorsque nous lisons l’histoire d’un petit cochon d’élevage, nous pensons forcément aux tranches de saucisson que nous avons mangées avec délectation sans nous soucier le moins du monde de savoir à qui appartenait cette chair. Comment ne pas être mal à l’aise face à cette réalité que nous avons occultée si longtemps ? Mais je pense que c’est une erreur de projeter ce malaise sur nos enfants qui n’ont pas la même vision des choses que nous.

J’ai vu la réaction des enfants découvrant le livre et ils demandent simplement « pourquoi il est triste Pouiki ? » comme ils demanderaient en voyant un camarade pleurant dans son coin « pourquoi il est triste le petit garçon ? ». Et puis quand ils voient que Pouiki le petit cochon est sauvé, ils sont heureux pour lui.

– Les parents aiment offrir aux enfant des livres sur les animaux de ferme, avec des images idylliques, bien loin de la réalité de plus de 80% des élevages français. Penses-tu qu’ils ont conscience du mensonge que cette vision de l’élevage représente ?

Beaucoup d’adultes, malgré les images largement diffusées dans les médias, grâce à L214 notamment, n’ont pas encore intégré le fait que la majorité des élevages sont justement loin de correspondre à la vision idyllique qu’ils s’en font. Pour les cochons, 95% des élevages sont sur le modèle de celui dans lequel a grandi Pouiki. C’est donc en réponse à ce mensonge, entretenu par les lobbies au sein même de nos écoles, que j’ai souhaité écrire Pouiki le petit cochon. Je crois que les enfants sont plus aptes que les adultes à éprouver de l’empathie pour les animaux et par là-même à comprendre le problème éthique que représente l’exploitation animale.

Les parents qui souhaitent offrir un livre à leurs enfants avec des images d’animaux heureux ne seront pas déçus puisque dans la dernière partie du livre, on peut voir Pouiki et ses amis jouer ensemble et couler des jours paisibles dans un refuge.

– Avoir une philosophie de vie différente de son entourage n’est pas facile pour un adulte, encore moins pour un enfant, que l’entourage considère trop souvent comme une « victime de notre prosélytisme ». Comment rassurer nos enfants végés, pour qu’ils se sentent mieux armés ? Je pense notamment aux commentaires des professeurs, du personnel de cantine, des grands-parents inquiets…

Je crois qu’il y a un gros manque d’information qui génère des craintes infondées chez ces personnes. Cela est vraiment dommage pour les enfants. Plus il y aura de matériel à leur disposition leur permettant de s’identifier à d’autres enfants végés et les rassurant sur le fait que leur démarche est justifiée, mieux ils seront armés psychologiquement face aux remarques de leur entourage. Je compte également intervenir dans les écoles avec Pouiki, ce qui je l’espère permettra de changer la vision des enseignants sur le sujet.

D’autre part, j’ai eu des retours d’enfants végés qui étaient ravis de pouvoir montrer Pouiki à leurs camarades pour qu’ils comprennent leur motivation à ne pas manger de viande. Peut-être pourraient-ils le présenter à leurs professeurs…

aperçu bd stéphanie valentin
extrait bd sur stvl.fr

– Tu as publié sur ton site de nombreuses BD explicatives et humoristiques, pour les adultes cette fois, sur la condition animale. Comment peux-t-on suivre tes actualités pour ne plus les rater ?

Il y a une rubrique « Vegan Art » sur mon site www.stval.fr. Il est aussi possible de suivre ma page Facebook car j’y partage ce que je fais pour les animaux : facebook.com/valentin.stephanie

Merci Stéphanie et bonne visite à vous sur Veganimo !

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